Kalemie, 26 décembre 2025, le ministre provincial des Infrastructures et Travaux publics, Kitenge Cha Mugeya Fidèle, a officiellement lancé les travaux de lutte anti-érosive sur l’avenue Bakita, dans la commune du Lac.
L’ouvrage, exécuté par l’Office des Voiries et Drainage (OVD) sous supervision du Bureau Technique de Contrôle (BTC), est censé protéger le boulevard Lumumba contre les ravages des eaux de ruissellement issues des collines environnantes.
Sur le papier, le projet paraît structurant : un collecteur de plus de 300 mètres pour canaliser les eaux pluviales, trois mois de délai d’exécution et un financement du gouvernement central. Dans la réalité du Tanganyika, ce lancement ravive plutôt une série de questions sur la crédibilité de l’OVD dans la province.
Un chantier de plus, dans une longue liste de promesses non tenues.
Depuis plusieurs années, les ingénieurs de l’OVD sont régulièrement pointés du doigt par les usagers et les autorités locales pour la mauvaise planification des projets, la qualité défaillante des ouvrages et la lenteur chronique des interventions d’entretien.
À Kalemie, de nombreux collecteurs et chaussées censés être réhabilités ou protégés contre l’érosion se sont transformés en pièges pour les riverains : tranchées abandonnées, caniveaux obstrués, routes dégradées quelques mois seulement après leur réception provisoire.
Plusieurs sources techniques interrogées sur place évoquent des chantiers ouverts sans études hydrauliques sérieuses, des matériaux de mauvaise qualité, et surtout une absence de suivi rigoureux après les inaugurations officielles.
Une présence jugée inefficace sur le terrain
La présence du directeur provincial de l’OVD, François Mulungu, à la cérémonie du 26 décembre, n’a pas suffi à dissiper le malaise. Dans la commune du Lac, des habitants dénoncent une négligence systématique de l’entretien préventif, qui laisse les ouvrages se dégrader jusqu’à provoquer des coupures de routes et des érosions spectaculaires avant toute réaction de l’office.
« Chaque saison de pluies, ce sont les mêmes scènes : routes coupées, collecteurs bouchés, boue partout. Et on nous parle toujours de nouveaux projets, jamais de bilan des anciens », confie un chef de quartier de Bakita.
Le rôle du BTC également questionné
Si le BTC est officiellement chargé de la supervision, plusieurs ingénieurs indépendants s’interrogent sur son efficacité réelle. Des ouvrages réceptionnés sous son contrôle ont déjà montré des signes de faiblesse structurelle, parfois en moins d’une année. L’absence de rapports publics d’audit ou de sanctions contre les entreprises fautives nourrit le sentiment d’impunité.
Le gouverneur Christian Kitungwa Muteba, souvent cité pour sa volonté de faire du Tanganyika un pôle de croissance, est désormais face à un test majeur : rompre avec les pratiques anciennes qui ont transformé l’OVD provincial en symbole d’inefficacité plutôt qu’en moteur du développement.
Sans audit indépendant des projets passés, sans réorganisation de l’équipe technique de l’OVD et sans mécanisme strict de reddition des comptes, le collecteur de Bakita risque de rejoindre la longue liste des ouvrages mal conçus ou rapidement détériorés.
Le lancement en grande pompe des travaux anti-érosifs sur l’avenue Bakita apparaît ainsi comme un nouvel épisode de communication institutionnelle, dans une province où la population attend moins des cérémonies que des routes durables, des caniveaux fonctionnels et une gestion rigoureuse des fonds publics.
À Kalemie, l’urgence n’est plus de poser la première pierre, mais de rétablir la confiance entre les services techniques de l’État et des citoyens fatigués de voir leurs quartiers s’effondrer à chaque pluie.
La Rédaction.
