CNSA : Entre accords de paix et réalités du terrain, l’alerte d’une nation au bord de l’accoutumance

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Kinshasa, 9 décembre 2025, le contraste est saisissant. Alors que la RDC et le Rwanda viennent de signer un accord censé ouvrir une nouvelle ère de stabilité, le CNSA tire la sonnette d’alarme : sur le terrain, rien ne change. Les armes continuent de parler, les populations continuent de fuir, et la nation semble glisser dangereusement vers une normalisation de l’inacceptable.

Réuni ce mardi en session ordinaire sous la présidence de Joseph Olenghankoy Mukundji, le Conseil National de Suivi de l’Accord et du Processus Électoral a livré un diagnostic sévère de la situation, pointant un fossé inquiétant entre les engagements diplomatiques et les réalités sécuritaires.

Des accords porteurs d’espoir… sans effet immédiat

Le CNSA reconnaît les perspectives ouvertes par l’Accord pour la paix et la prospérité signé le 4 décembre entre Kinshasa et Kigali. Pourtant, la dynamique espérée ne s’est pas matérialisée. Les combats se poursuivent, notamment du fait que les Accords de Washington n’incluent pas l’AFC/M23, renvoyé au processus de Doha.

Ce manque d’impact immédiat, déplore l’institution, nourrit une frustration palpable : comment comprendre que deux processus intimement liés évoluent sans se renforcer mutuellement ?

La banalisation du drame congolais

L’un des passages les plus marquants de cette communication est sans doute l’appel du CNSA contre la « sournoise accoutumance » à la crise. Le Conseil dénonce une forme d’indifférence nationale face à la souffrance de millions de Congolais, déplacés ou réfugiés, arrachés à leurs terres et condamnés à la survie.

Il fustige aussi les « va-t-en-guerre de tous bords », accusés d’instrumentaliser la violence à des fins politiques ou matérielles, au détriment des populations qui paient le prix fort.

L’illusion des solutions imposées de l’extérieur

Dans un ton critique rare mais assumé, le CNSA met en garde contre les processus de paix conçus hors du pays, trop souvent déconnectés des réalités internes. Une paix partielle, analyse-t-il, ne peut qu’être fragile.

La métaphore utilisée résume la méfiance : « Il n’est pas sage de solliciter le cochon comme témoin quand on est en conflit avec le sanglier. » Une manière élégante de rappeler que les intérêts extérieurs ne sont pas toujours synonymes de neutralité.

Mobondo : une menace interne qui se rapproche de Kinshasa

Si l’Est focalise l’attention, le CNSA ne minimise pas le phénomène Mobondo, devenu une inquiétude majeure dans l’ouest du pays. Ses actions, de plus en plus audacieuses et proches de la capitale, seraient alimentées par des acteurs politico-tribaux cherchant à créer un rapport de force.

Le Conseil déplore l’absence totale de coordination entre les Gouverneurs du Kwango, du Maï-Ndombe, du Kwilu et de Kinshasa, pourtant en première ligne. Il appelle à une action urgente du Ministre de l’Intérieur pour réunir ces autorités et élaborer une stratégie commune.

Un impératif : le Dialogue national inclusif

Au-delà des constats, le CNSA pose une option claire : seule la tenue d’un Dialogue national inclusif permettra de recréer une cohésion nationale réelle et de bâtir une réponse forte face aux menaces internes et externes.

Ceux qui sabotent ce Dialogue ou le caricaturent à des fins politiques, avertit le Conseil, sont les « fossoyeurs de la République », et l’histoire les jugera.

Dans un pays meurtri mais résilient, l’appel du CNSA résonne comme un rappel : la paix n’est pas un slogan, elle exige une volonté collective, une lucidité patriotique et un sursaut national.

Bonsange Yema 

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