Kinshasa vit aujourd’hui l’une des plus graves crises urbaines de son histoire. Ses infrastructures se désintègrent, ses avenues sont ravagées par les pluies, les érosions dévorent des quartiers entiers comme à Lemba, Mont-Ngafula, Masina ou Kimbanseke, tandis que les rivières transformées en égouts débordent et détruisent tout sur leur passage. En novembre 2025, plus de 400.000 habitants ont été touchés en trois jours de pluies, des écoles ont fermé, des marchés ont été engloutis et des routes coupées durant des semaines.
Face à ce chaos, le Gouvernorat dirigé par Daniel Bumba apparaît impuissant, miné par une mauvaise gestion chronique et un budget détourné : moins de 15 % des fonds censés être dédiés aux infrastructures sont réellement exécutés, le reste disparaissant dans l’opacité administrative et la corruption. Les chantiers lancés en grande pompe sont abandonnés aussitôt les caméras parties, laissant des ouvrages effondrés au premier orage.
Le président Félix Tshisekedi lui-même a dénoncé, lors des Conseils des ministres des 7 et 14 novembre 2025, une situation « catastrophique », exigeant des sanctions et des actions urgentes. Des travaux d’urgence contre les érosions ont été annoncés, mais la rupture de confiance est totale, tant les promesses passées sont restées sans effet.
D’où la question centrale : faut-il déclarer Kinshasa « ville sinistrée » ?
Une telle décision permettrait de mobiliser des fonds exceptionnels, de contourner les blocages administratifs, de réquisitionner l’armée et l’aide internationale et de placer la reconstruction sous une autorité spéciale, au-delà d’un Gouvernorat dépassé par l’ampleur du désastre.
Car Kinshasa est à genoux, et sans mesures radicales, des quartiers entiers vont disparaître. Ce n’est pas une demande de pitié, mais un appel à traiter la capitale comme un territoire en péril de mort. Déclarer l’état de ville sinistrée serait le signal d’une mobilisation nationale réelle pour sauver Kinshasa — avant qu’il ne soit définitivement trop tard.
Eugène Diomi Ndongala
Démocratie Chrétienne
